Un trisomique obligé de chercher du travail…

Un trisomique obligé de chercher du travail…

Pascal Scarsé, atteint de trisomie 21, qui ne sait ni lire ni écrire, doit s’inscrire à l’Onem comme demandeur d’emploi. Pascal a travaillé pendant 26 ans dans un atelier protégé, ce qui fait qu’avant de récupérer l’allocation de remplacement de revenu (ARR) que reçoivent les personnes handicapées incapables de travailler, il doit passer par la case Onem…

Maria McGavigan

C’est le père de Pascal qui lui a rempli les papiers. Pascal finira probablement par récupérer son ARR, mais au bout de plusieurs mois seulement et d’innombrables tracasseries administratives.

D’autres auront moins de chances. Depuis le 1er novembre 2012, les personnes avec handicap (d’un degré allant de 33 à 66 %) qui sont au chômage sont contrôlés par l’Onem et risquent d’être les premières victimes de la chasse aux chômeurs. Certains chômeurs handicapés sont classés par l’Onem comme « demandeurs d’emploi impossibles à placer »1 et ne reçoivent plus aucun accompagnement, ce qui ne leur évitera pas l’exclusion s’ils ne se montrent pas assez assidus dans la recherche d’un emploi… C’est ainsi que le journal Syndicats raconte l’histoire de Kevin, « considéré comme un «MMPP», c’est-à-dire demandeur d’emploi ayant un problème psychiatrique, psychique, mental ou médical. Il se retrouve dans la même « catégorie » que les demandeurs d’emploi ayant une aptitude de travail réduite (incapacité de travail de 33 %) et risque de perdre son allocation d’insertion » selon le journal syndical, alors qu’il veut travailler.

16 000 personnes concernées...

Beaucoup de personnes handicapées, notamment des personnes sourdes ou aveugles, mais aussi d’autres, voudraient en effet travailler. Si elles quittent le statut de demandeur d’emploi pour celui de personne handicapée dans l’incapacité de travailler – un processus qui demande entre six mois et un an au mieux – elles n’ont plus aucune chance de trouver un emploi. D’autre part, si elles restent au chômage, elles risquent d’être sanctionnées. Selon la ministre de l’Emploi Monica De Coninck (sp.a), 16 000 personnes ayant un handicap de plus de 33 % sont concernées.

Pressée par la députée Ecolo Zoë Génot, la ministre répond que les personnes handicapées qui reçoivent une allocation d’insertion seront traitées comme les autres demandeurs d’emploi : autrement dit, au bout de trois ans, elles seront exclues. 6 150 personnes seraient dans le cas. Dans quelle société vit-on où on jette plus de 6 000 personnes particulièrement fragilisées à la rue ? Les autres chômeurs handicapés (c’est-à-dire ceux qui ont déjà travaillé) ne seront pas sanctionnés, toujours selon la ministre. En plus « ces personnes ne sont pas soumises à la dégressivité en deuxième période d’indemnisation et leurs allocations ne sont pas réduites au forfait en troisième période ». Mais pour combien de temps encore ?

1. Voir « Kevin Noels, 31 ans, Tessenderlo », Syndicats, no 2, 2014

Source : Solidaire, quotidien digital du PTB

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